33e Journée nationale de l’artisanat à Diffa : Immersion au cœur d’un savoir-faire en quête de formalisation
2026-03-01 - 19:48
Diffa, 1er Mars (ANP) – La 33e édition de la Journée nationale de l’artisanat s’est tenue ce samedi 28 février dans l’enceinte du village artisanal de Diffa, autour du thème « Formalisation des entreprises artisanales : quelle contribution dans l’économie nationale ? ». Au-delà de l’aspect officiel, la manifestation a été l’occasion d’un véritable voyage au cœur du génie créateur des artisans de la « région du soleil levant », Diffa, à travers une exposition riche en couleurs, en textures et en innovations. Dès l’entrée du Village Artisanal de Diffa, des stands soigneusement aménagés attirent les visiteurs par la diversité des produits exposés : textiles traditionnels, objets en cuir, bijoux, articles de décoration, ustensiles domestiques et accessoires vestimentaires. L’ambiance est animée, ponctuée d’échanges entre artisans, clients et autorités locales venues encourager les exposants. À travers le thème retenu cette année, l’Etat met l’accent sur la nécessité de structurer les unités artisanales, de les accompagner vers la formalisation administrative et fiscale, et de leur faciliter l’accès au financement et aux marchés publics ou privés. L’objectif est clair : faire de l’artisanat un véritable levier de croissance, de création d’emplois et de valorisation du patrimoine culturel national. Mais derrière ces orientations stratégiques, ce sont surtout des visages, des parcours et des histoires de résilience qui donnent tout son sens à cette journée. Sous son stand décoré de tissus colorés, Mme Halima Elhadji Kiari, responsable de la structure KLAKIL JAWA DUTOYE, accueille les visiteurs avec fierté. Devant elle, plusieurs modèles de bonnets traditionnels pour homme sont soigneusement alignés : le Tangaram, le Zanga et le Maja, chacun avec ses motifs distinctifs et sa finesse d’exécution. Interrogée par une équipe de l’ANP, elle explique que la confection de ces bonnets exige patience, rigueur et maîtrise technique. « Certains modèles peuvent être réalisés en trois semaines lorsque le travail est régulier et que nous disposons de tous les matériaux nécessaires. Mais pour d’autres, plus complexes, il faut parfois attendre jusqu’à deux mois », confie-t-elle. Elle précise que le choix des couleurs, la précision des broderies et la symétrie des motifs sont des éléments déterminants pour la qualité finale du produit. « Chaque bonnet raconte une identité, une appartenance. Ce n’est pas seulement un accessoire vestimentaire, c’est un symbole culturel », souligne-t-elle. Concernant l’approvisionnement, Mme Kiari indique que les matières premières proviennent principalement du Nigeria. « La qualité du fil est essentielle pour garantir la durabilité. Si la matière n’est pas bonne, le produit ne tient pas dans le temps », explique-t-elle, insistant sur l’importance d’un circuit d’approvisionnement fiable. Elle estime que la formalisation de son activité lui permettrait d’élargir son marché, d’accéder plus facilement à des crédits et de participer à des foires nationales et internationales. « Nous avons le savoir-faire. Avec un meilleur accompagnement, nous pouvons produire davantage et employer plus de jeunes », affirme-t-elle avec conviction. À quelques mètres de là, l’odeur caractéristique du cuir attire les visiteurs vers le stand de Malam Kabirou Abbani. Artisan spécialisé dans la transformation du cuir depuis 30 ans, il expose une large gamme de produits : sacs de voyage robustes, sacs scolaires et bureautiques, chaussures, ceintures, porte-monnaie et porte-clés. Chaque pièce témoigne d’un travail minutieux et d’une grande expérience. « Je travaille principalement avec des peaux de mouton, de chèvre et de vache », explique-t-il, tout en montrant la souplesse d’un sac fraîchement confectionné. Son parcours l’a conduit à exercer à Niamey et à Zinder avant de s’installer à Diffa, a-t-il raconté à notre équipe. Selon lui, aujourd’hui, au-delà de la production, il consacre une grande partie de son temps à la formation des jeunes. « L’artisanat peut nourrir son homme. Il faut seulement de la discipline, de la persévérance et l’amour du métier », affirme-t-il. Il regrette cependant que de nombreux jeunes hésitent à s’engager durablement dans l’apprentissage. « Certains veulent des résultats rapides. Or, dans ce métier, il faut accepter d’apprendre étape par étape », insiste-t-il. Pour lui, la formalisation représente une opportunité majeure. « Si nous sommes mieux organisés, nous pourrons répondre à de grosses commandes, signer des contrats et créer plus d’emplois. L’artisanat ne doit pas rester informel », martèle-t-il. Au fil des allées, les échanges entre artisans et visiteurs illustrent l’importance du secteur dans le tissu socio-économique local. Au-delà de la dimension culturelle, l’artisanat constitue une source de revenus pour de nombreuses familles et un vecteur d’insertion professionnelle pour les jeunes et les femmes. À travers leur engagement, leur capacité de production et leur volonté de transmettre leur savoir-faire, des artisans comme Mme Halima Elhadji Kiari et Malam Kabirou Abbani incarnent concrètement la contribution du secteur artisanal à l’économie nationale : création de richesse, valorisation des matières locales, réduction du chômage et préservation du patrimoine culturel. Cette 33e édition aura ainsi permis non seulement de célébrer le génie créateur nigérien, mais aussi de rappeler que la formalisation des entreprises artisanales demeure un enjeu stratégique pour renforcer leur compétitivité et accroître leur participation au développement économique du pays. SAAM-AOM/KPM/ANP-005 Mars 2026