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Mendicité à Niamey : Rabi ou le visage de la précarité

2026-03-24 - 16:04

Niamey, 24 Mars (ANP)- A peine les rayons du soleil percent-ils la brume matinale, Rabi Abdoulaye, mal voyante, 64 ans occupe l’un de ses postes habituels. Dans un coin d’un quartier périphérique de la capitale, elle entame sa longue journée de mendicité, témoin de la précarité qui touche des personnes âgées et de surcroît divorcées et portant des handicaps. Rabi, physique ingrat dont les scarifications trahissent son origine régionale affirme s’être résignée à cette activité, en désespoir de cause : mal voyante, abandonnée par un mari polygame et sans le soutien des enfants, elle espère compter sur la générosité des uns et la pitié des autres pour sa ‘’survie’’. ‘’j’avais commencé la mendicité depuis l’âge de 35 ans à Maradi à cause de mes yeux, je n’étais pas née avec le handicap j’étais tombée malade au fil du temps, j’ai perdu mes yeux, faute de moyens.’’, témoigne-t-elle. Ajoutant : ‘’j’avais consulté plusieurs guérisseurs traditionnels mais en vain. Après j’étais à l’hôpital mais par manque de moyens j’étais dans l’obligation d’arrêter les soins”. Sans le soutien de parent ni celui de l’époux, Rabi n’a de choix que de subir le sort. ́ ́Après avoir été malade mon mari, polygame, sans emploi, m’a répudiée à cause de mon état et m’avait fait comprendre que je suis devenue une grande charge pour lui en raison de mon hospitalisation, de ce fait qu’il ne peut pas prendre en charge moi et sa famille, pour ces raisons il a dit qu’il n’a pas les moyens pour me garder’’, se souvient comme hier la vieille femme. Même au niveau de la famille, on n’arrive pas à me prendre en charge du coup c’est ce qui m’a poussée à prendre la décision de me déplacer pour venir à la capitale Niamey je ne peux rester au village car la vie est trop dure voilà ce qui m’a amenée à être mendiante comme personne ne peut me prendre en charge’’, se justifie-t-elle. Poursuivant : “Je viens d’une famille pauvre, j’ai 6 enfants dont 4 filles et deux garçons, les filles étant les grandes et tout le monde sait qu’aux villages les femmes n’ont pas accès à tout, elles devraient rester à la maison et attendre que leurs maris leur apportent de quoi faire leurs besoins, quant aux garçons, ils sont encore petits accompagnant leur père aux champs et après la saison pluvieuse ils partent en brousse pour apprendre les versets coraniques. Ils n’ont pas encore atteint l’âge pour pouvoir me prendre en chargé’ ́. Depuis 3 mois qu’elle est arrivée à Niamey avec son petit-fils comme guide, elle affirme mener une vie de bohémienne, passant de quartier en quartier à la recherche de la pitance quotidienne. ‘’ Avec mon état, je ne peux me déplacer seule, c’est lui ( petit fils) qui me guide dans mes déplacements parfois de maison à maison pour pouvoir avoir de quoi nous prendre en charge et avoir à manger, pour l’instant on a passé la nuit chez une dame qui loge dans une parcelle vide dans le quartier de Niamey 2000 ́ ́, raconte-t-elle. Depuis 2019, les autorités de la ville de Niamey ont interdit la mendicité sur les lieux publics, malgré cette mesure des nombreuses personnes continuent à s’y adonner. SDA/CA/ANP 0158 Mars 2026

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