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Migrants refoulés au Niger : une urgence humanitaire grandissante à Agadez

2026-03-02 - 14:08

Niamey, 02 Mars (ANP) – La Région d ́Agadez situé au nord du Niger et limitrophe avec l ́Algérie, la Libye et le Mali, est un grand carrefour et point de passage stratégique des migrants saisonniers en recherche d’opportunités économiques ou désirant se rendre en Europe. Elle est aussi le point de refoulement des migrants subsahariens arrêtés par les policiers algériens et Libyens. Médecins Sans Frontières en collaboration avec les autorités locales gère un projet sur les principales routes migratoires de la région d’Agadez, en plein désert de Ténéré, fournissant une assistance médicale et humanitaire aux populations dans le besoin. Cependant, malgré ces efforts, la situation humanitaire reste préoccupante. Les expulsions depuis l’Algérie et la Lybie vers le Niger constituent un phénomène récurrent, mais l’ampleur des refoulements observés est sans précédent. En octobre 2025, plus de 60 000 migrants ont été refoulés ce qui représente une augmentation de 50% par rapport à 2024. Un chemin périlleux pour les migrants Agadez, porte légendaire du désert est devenue une ville de transit pour de nombreux migrants qui tentent de rejoindre l’Europe pour chercher refuge et protection dans un pays autre que le leur. Poussées par la faim, contraintes de fuir la violence ou la persécution, ces personnes abandonnent tout derrière elles et empruntent des routes dangereuses en quête de sécurité. Elles y laissent parfois leur vie. C’est le cas de saadou Ahmed, jeune Nigérian âgé de 28 ans, qui a quitté son village natal avec une destination en tête la Libye, en transit à Agadez témoigne « J’ai été dépouillé de tous mes biens, sans papier, parfois, j’ai peur de ce qui pourrait arriver, Je sais que ce sera dur, mais j’ai la force d’y arriver. Il n’y a pas de choix. Je sais que le voyage est dangereux ». Ahmed dort dans l’une des chambres du ghetto. Il n’y a pas de lit, juste quelques nattes, et beaucoup doivent dormir à même le sol. Carrefour saturé par les femmes et enfants refoulés sans refuge Les femmes migrantes font face à une situation difficile, marquées par la précarité, la vulnérabilité aux violences, des conditions de vie misérables (manque d’hygiène, mendicité, prostitution) et le risque accru dans le trafic migratoire. Des vagues de migrantes refoulées d’Algérie arrivent, souvent dans des conditions inhumaines. Souwaiba Mohamed, a quitté le village de Maiduguri avec ses 6 enfants pour rejoindre l’Algérie. « Dans ma vie, je n’ai jamais pensé qu’un être humain peut maltraiter son prochain de la façon dont nous avons été malmenés. Imaginez, en dehors des violences psychiques, nous avons été abandonnés comme des criminels en plein désert, sans eau ni nourriture». Pire, Mariam Boubacar, une septuagénaire victime de ces agressions nous confie. « Il n’y a aucun respect de l’être humain. Nous sommes torturées, abusées sexuellement et même violées. Le plus grand risque est qu’ils prennent tous vos biens et puis des vêtements, pour le seul fait d’avoir mis pieds dans un territoire dont la personne n’est pas originaire ». Une réponse aux besoins La situation des migrants à Agadez a été marquée par une dégradation des conditions humanitaires due à une forte réduction des financements internationaux. « Les besoins ne cessent de croître. L’aide reste insuffisante pour répondre aux besoins actuels », déplore Jean Claude MUSHAGALUSA, Coordinateur Terrain de Médecins Frontières à Agadez. « Il est crucial d’agir rapidement pour sauver des vies. Je lance un appel à tous les acteurs pour se mobiliser pour répondre aux besoins critiques des population en migration.», a indiqué Jean Claude MUSHAGALUSA. Depuis 2018, Médecins Sans Frontières collabore avec le ministère de la Santé dans la région d’Agadez pour répondre aux besoins médico-humanitaires des populations en mouvement et des communautés locales vivant le long des routes migratoires du désert nord-nigerien. Cette réponse humanitaire inclue, l ́accès aux soins de santé, l’organisation d’opérations de recherche et de sauvetage entre l’Algérie (Assamaka) et la Libye (Dirkou), le référencement des personnes gravement malades vers des structures de santé spécialisées, ainsi que la distribution de kits de première nécessité aux personnes vulnérables. Entre janvier et décembre 2025, nos équipes ont Distribué 6 776 kits constitués des articles de première nécessité, mené 42 opérations de recherche, sauvetage et d’assistance, la réhabilitation de 8 puits dans le désert. En plus le projet a réalisé 69 632 consultations médicales, assuré un accompagnement en santé mentale à 3 958. Ces initiatives ont été rendues possibles grâce à une collaboration étroite avec les autorités sanitaires du Niger. SML/ANP/010/Mars 2026

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